Samedi 04 septembre 2010

Articles Squamate

Extraits de notre "Squamate"

Historique de l'herpétologie en Suisse romande. De ... à la Fondation du GHL

Jusqu'aux années 1950, s'occuper de reptiles et de batraciens était considéré par le grand public comme une originalité un peu suspecte et bien rares étaient les amoureux de la nature qui se lançaient dans cette voie, à part quelques scientifiques chercheurs (en France: Rostand, Rollinat, Calmette, Physalix) qui faisaient, au reste, plutôt des travaux de biologie ou d'étude des venins (et des soins en cas de morsure) qu'ils ne se préoccupaient de l'animal en lui-même ou de sa protection.

A cette époque, reptiles (en particulier les serpents) et batraciens étaient massacrés sans pitié, tant les gens y voyaient encore de maléfices et de sorcellerie, exception faite de la grenouille verte qui était recherchée pour ses cuisses!

C'est donc depuis 1950 environ que quelques passionnés d'herpétologie se lancèrent dans une aventure qui devait, beaucoup plus tard, mettre reptiles et batraciens à la mode pour arriver à la situation actuelle qui voit un engouement peu commun et même inquiétant pour ce genre d'animaux.

Bâle fut pour ainsi dire le "berceau" de l'herpétologie en Suisse, sous l'impulsion de plusieurs "pionniers": Hans Schweizer, bien connu à Bàle sous le nom de "Schlange-Hansi"; Carl Stemmler-Morath, gardien des reptiles au Zoo de Bâle; les frères Seiler qui tinrent longtemps deux restaurants célèbres à Bâle, le "Tropic" avec ses tables-terrariums, et l'"Atlantis" avec sa cage de crocodiles derrière le pianiste, etc. (nous ne pouvons citer ici tous ceux qui ont oeuvré pour la promotion de l'herpétologie et nous nous bornerons à ne mentionner que quelques personnalités bien connues).

Durant ces années, la "vague herpétologique*; esquissa une descente vers la Suisse romande, passant par Bienne, où; Oswald-Karl Schmidt senior avait créé une société des Amis de l'aquarium et du terrarium. Pendant ce temps à Genève, le professeur Emile Dottrens, Directeur du Museum d'histoire naturelle, était le premier représentant scientifique de l'herpétologie romande; avec la collaboration de Villy Aellen, qui devait lui succéder au Museum, il publia "Batraciens et reptiles d'Europe", un ouvrage qui devait pendant longtemps faire autorité dans ce domaine.

Les amateurs de reptiles et d'amphibiens se firent, dès lors, de plus en plus nombreux, ce qui laissait supposer la fourniture d'animaux pour leurs collections. Un bâlois encore, M. Schetty et son épouse, tous deux s'étant établis au Tessin, à Maggia, où ils se lancèrent dans le commerce herpétologique pour terrariophiles. Tous allaient se servir chez eux et nous n'étions pourtant encore qu'à l'ère des pionniers! ceux-ci, particulièrement en Suisse romande, se sentirent des vocations d'éducateurs et entreprirent des campagnes d'information auprès du public (conférences, expositions, articles de presse), en usant de tous les médias pour viser à démythifier reptiles et batraciens, surtout auprès de la jeunesse. Les Edmond Ruedi, Samuel Penard, André Wohlers, Georges Genayne, Jean Garzoni, Serge Monbaron, Vuagniaux et Antoine à Genève, etc., appuyés également par le travail de V. Aellen qui prenait la relève du professeur Dottrens, s'y employèrent assidûment et, depuis, on a pu observer en Suisse romande une approche réjouissante du public à l'égard de l'herpétologie.

Des aboutissements concrets

Les années 1960 devaient marquer un tournant décisif pour l'herpétologie romande. En 1957, André Wohlers de La Conversion avait installé chez lui une remarquable serre à reptiles; il y possédait une collection magnifique (nous y reviendrons dans un prochain article). En collaboration avec Jean Garzoni, ils présentàrent à Lausanne, au bas des Escaliers-du-Marché, une exposition temporaire qui fit date. Vers 1959, Jean Garzoni, de son côté, avait construit chez lui, au chemin de Boisy, un petit local pour sa propre collection. Cette même année, un autre herpétologue arrivait à Lausanne pour son travail, venant de Bienne; Serge Monbaron ne savait pas où loger ses reptiles, aussi Jean Garzoni lui offrit l'hospitalité de son local. A cette période, la presse lausannoise était marquée par un journaliste-naturaliste passionné de reptiles, Pierre-Alain Vidoudez, qui passa par hasard par le local de J. Garzoni dans le but d'en faire un article pour La Feuille d'Avis de Lausanne (devenue 24 Heures). Devant l'abondance de la collection, le journaliste en fut béat d'admiration et déclara aussitôt: "Une telle collection, vous devez absolument la montrer au public, pourquoi ne créeriez-vous pas un vivarium à Lausanne?" L'idée était lancée et, en 1961, J. Garzoni et S. Monbaron créaient le Vivarium du Vieux-Lausanne aux Escaliers-du-Marché, sous la cathédrale. Un peu plus tard, vers 1962-63, Georges Genayne lançait, au quartier des Bergières à Lausanne, le premier magasin d'animaux spécialisé en reptiles, le "Tropicarium", qui devait durer remarquablement quelques années.

Ce furent véritablement les "années folles" de l'herpétologie lausannoise. Nombre d'amoureux de reptiles se passionnaient et collaboraient aux travaux du Vivarium. C'est alors que S. Monbaron suggéra de fonder à Lausanne, sur le modèle de la société de Bienne dont il avait fait partie, un groupe qui réunirait régulièrement les herpétologues de la région. C'est ainsi que le Groupement Herpétologique de Lausanne vit le jour le 6 décembre 1963.

crotale

Records de longévité, aussi chez nous !

En prolongation de l'excellent No 53 du Squamate d'octobre 2002, concocté par Magali Chessex, il nous paraît intéressant de relever quelques réussites notoires réalisées par des membres du GHL.

Edmond Ruedi (décédé) faisait l'admiration des herpétologues lausannois pour sa manière habile et patiente de conserver ses bêtes. En voici trois exemples:

1. "Isidore". Heloderma suspectum, 42 ans. Elément intéressant, Isidore, à son achat, est arrivé tordu et bossu, ce qui ne l'a pas empéché de vivre une longue et heureuse captivité.

2. Un Lacerta lepida, lézard ocellé, 14 ans.

3. Un caméléon dilepis, 12 ans, qui a toujours été nourri à la pincette quand on lui présentait ses proies, spécialement des vers de farine.

Chez Florence et Serge Monbaron, un Eublepharis, gecko léopard, a atteint le bel âge de 14 ans. Alors qu'il était (pour des raisons de vacances) en pension chez les frères Krieger, ceux-ci réussirent à lui prélever une mue admirable et complète laissant, dûment encadrée, un beau souvenir de cet étonnant lézard.

Emmanuel Jelsch détient un triton japonais (Cynops pyrrhogaster) depuis 27 ans qui est toujours en vie et en bonne santé. Il doit avoir plus de trente ans car déjà adulte lors de l'achat.

Au Vivarium du Vieux-Lausanne, devenu le Vivarium actuel

"Christophe". Lampropeltis getulus, 18 ans. Reçu en cadeau du Zoo du Bronx à New-York, en échange de vipères aspic et de couleuvres vipérines, en 1960. Christophe s'est toujours distingué par sa gentillesse. Il fut pendant des années la vedette des expositions itinérantes du Vivarium, et l'on pouvait le mettre sans crainte dans les mains des plus petits enfants.

"Ali". Alligator mississipiensis. Actuellement toujours au Vivarium après... 47 ans. Il a toute une histoire. Né en 1956, il arriva chez Serge Monbaron, commandé par une fleuriste de Montreux qui avait installé un petit bassin dans sa boutique. Il avait alors la longueur d'une main. Quatre ans après, la fleuriste arrive un jour au Vivarium de Lausanne, complètement paniquée: "Il me fait peur, il mesure maintenant un mètre, je vous le donne!" Expérience intéressante mais les installations d'alors, au Vivarium du Vieux-Lausanne, ne permettaient pas d'envisager de très grands animaux et Ali promettait. Aussi, décida-t-on de "ralentir" sa croissance: par une alimentation régulière, mais très parcimonieuse, et diététiquement organisée, on réussit, sans que cela le dérange, à maintenir le croco pendant de longues années à des proportions raisonnables. Ce n'est qu'une fois installé au nouveau Vivarium qu'on put le "lâcher" sur la nourriture, et qu'il prit les dimensions impressionnantes actuelles.

Cobra

"Une vipère, une!"

Deux "coquins" de l'herpétologie romande firent largement parler d'eux à l'époque. C'était dans les années 1950 à 1960. MM. Augustin et Gerbex (le premier fut membre fondateur du GHL) étaient des chasseurs de vipères notoires. Ils sévissaient en particulier dans la région de Saint-Loup, zone réputée pour l'abondance de ses vipères, où; ils connaissaient tous les cailloux. Après une journée de chasse, pendant laquelle ils mettaient leurs captures dans des bouteilles (opération délicate, et méthode révolue), ils s'en allaient au "Philosophe", célèbre bistrot de la place Pépinet à Lausanne où, avec forces sensations, ils exhibaient leurs prises. Après quoi ils vendaient leurs vipères au patron, le Grand Roger, par ailleurs excellent accordéoniste qui faisait le bonheur des clients. Il en faisait sa fameuse et célèbre "vipère", un tord-boyaux violent, mélange de lie et de marc, dans lequel il mettait à; macérer une magnifique vipère. Vidée de ses viscères et dûment recousue, elle était du plus bel effet! Pour la petite histoire tout de même, il faut préciser que l'opération était longue, car il fallait pendant des mois renouveler le liquide jusqu'à ce que l'animal ne ";dégage" plus rien et que la boisson devienne comestible ou, tout au moins buvable.

Une sensation de l'époque que tout vrai lausannois qui se respectait devait tenter au moins une fois... à votre santé!!!

Serge Monbaron
Boire un verre

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